Comprendre

Pourquoi confond-on souvent TSA et TDAH ?

Une personne n'arrive pas à se mettre au travail, sursaute au moindre bruit, perd le fil en réunion et rentre épuisée. Selon le professionnel qu'elle consulte, on lui parlera de TDAH ou d'autisme. Parfois des deux, parfois de rien de tout cela. Cette hésitation n'est pas de l'incompétence. Elle tient à un fait gênant. Les deux conditions se ressemblent beaucoup en surface, tout en reposant sur des fonctionnements en partie différents.

Les mêmes signes en surface

Vus du dehors, les recoupements sont nombreux. L'attention qui décroche, une agitation ou au contraire une lenteur, des sensibilités sensorielles, des émotions difficiles à réguler, une fatigue qui s'accumule, des relations sociales qui coincent, tous ces signes se retrouvent dans le TDAH comme dans l'autisme.

Un dénominateur ressort plus que les autres, le fonctionnement exécutif, ces fonctions de pilotage qui servent à planifier, démarrer, s'inhiber et passer d'une tâche à l'autre. Elles sont fragiles dans les deux cas, et c'est souvent par là que le tableau se brouille.

Se ressembler, ce n'est pas s'additionner

Ici se glisse un raccourci qu'il faut débusquer. Que, selon les études, une large part des enfants autistes remplissent aussi les critères du TDAH ne veut pas dire qu'ils sont TDAH. Se retrouver dans une case n'est pas y appartenir.

Un schéma simple aide à le voir, à condition de le prendre pour ce qu'il est, une image et non les vrais critères. Imaginons qu'un diagnostic de TDAH repose sur deux traits, appelons-les A et B, et un diagnostic d'autisme sur quatre, A, B, C et D. Une personne autiste possède donc A et B, comme dans le TDAH, plus C et D. Regardée à travers la seule grille du TDAH, elle coche les deux cases attendues et paraît en relever. Mais le TDAH n'est pas simplement A et B, c'est A et B sans C ni D. Les traits communs ne font pas un diagnostic commun, et surtout ils ne s'additionnent pas. On n'empile pas des cases, on lit la cohérence d'un tableau entier.

C'est la limite des classifications par écart à la norme. Elles peuvent donner l'impression d'un cumul là où il y a, simplement, un fonctionnement différent. Ce genre de superposition trompeuse existe partout ailleurs, deux phénomènes qui se recoupent en surface sans relever de la même cause.

Deux troubles qui se masquent

À cette ressemblance s'ajoute une cohabitation fréquente. Selon les études, 30 à 80 % des enfants autistes remplissent aussi les critères du TDAH, et 20 à 50 % des enfants avec un TDAH présentent des traits autistiques. Les fourchettes sont larges, la tendance est claire, les deux vont souvent ensemble.

Quand c'est le cas, un trait peut en cacher un autre. Une hyperactivité voyante attire l'œil et laisse dans l'ombre des particularités autistiques plus discrètes ; à l'inverse, un profil autistique bien identifié peut faire oublier un TDAH associé. Longtemps, les manuels n'ont pas aidé. Jusqu'en 2013, le DSM interdisait de poser les deux diagnostics ensemble, comme s'il fallait choisir. Cette règle a sauté, mais les habitudes d'évaluation mettent du temps à suivre.

Le piège des tests en ligne

Ce raisonnement éclaire un phénomène récent, les grilles et les tests qu'on trouve en ligne pour se reconnaître. Ils ont un mérite. Pour beaucoup d'adultes restés sans réponse, ils ouvrent une piste, mettent un mot sur un vécu, donnent le courage de consulter. Leur revers est la surabondance de faux positifs, ces personnes qui se reconnaissent dans une liste de traits alors que leurs difficultés viennent d'ailleurs.

Le cas le plus fréquent est l'anxiété. Certains comportements nés d'une anxiété installée ressemblent à s'y méprendre à des traits autistes. La différence est pourtant décisive. Une anxiété acquise se travaille, par des thérapies adaptées, tandis que l'autisme n'est pas une dysfonction à réparer, mais un mode de fonctionnement structurel. Prendre l'un pour l'autre oriente vers la mauvaise porte.

La prudence vaut d'autant plus que l'information en ligne est peu fiable. Une étude a passé en revue les vidéos les plus populaires consacrées au TDAH, et plus de la moitié étaient trompeuses. Du côté de l'autisme, une analyse comparable trouve environ quatre vidéos sur dix inexactes, et un tiers de plus surgénéralisées, ce qui laisse moins d'un tiers de contenus justes. Un test qui « parle » n'est pas une preuve, seulement une invitation à aller voir sérieusement.

Le repérage qui rate, surtout chez les femmes

La confusion ne frappe pas tout le monde également. Les critères ont été bâtis en grande partie à partir de présentations masculines, et beaucoup de femmes autistes masquent leurs difficultés en s'ajustant aux attentes sociales. Leurs traits passent alors sous le radar, ou sont pris pour autre chose, une anxiété sociale, un trouble de l'humeur, un trait de personnalité. Le diagnostic arrive tard, parfois à l'âge adulte, après des années passées à se croire simplement en défaut.

Se ressembler n'est pas être pareil

Que retenir de ce brouillage ? Que la ressemblance est forte, et qu'elle trompe. Les mêmes comportements peuvent naître de ressorts différents, une inattention par surcharge sensorielle du côté autistique, une inattention par régulation instable du côté TDAH, et c'est sous la surface que les deux se séparent. Pour la personne concernée comme pour qui l'accompagne, l'enjeu n'est pas de coller la bonne étiquette à tout prix, mais de comprendre quel mécanisme produit quelle difficulté, afin d'y répondre juste. Se reconnaître dans les deux tableaux n'a d'ailleurs rien d'incohérent, il arrive simplement que les deux soient là.