Ce qui différencie vraiment le cerveau autiste du cerveau TDAH
Dans une salle bruyante, deux personnes décrochent de la conversation. La première n'entend plus rien d'utile, parce que tous les sons lui arrivent avec la même force. La seconde a suivi trois phrases, puis son attention est partie ailleurs sans qu'elle l'ait décidé. Vues du dehors, elles se ressemblent, mais les rouages ne sont pas les mêmes.
On croit souvent que le TDAH serait une version atténuée de l'autisme, ou que les deux se confondent dès qu'ils s'accompagnent des mêmes difficultés d'attention, de surcharge ou d'organisation. Les comportements se recoupent, mais les mécanismes cérébraux divergent nettement, et la comparaison directe des cerveaux commence à le montrer.
Une méta-analyse a rassemblé les études d'imagerie qui comparent les deux conditions, quatre-vingt-six jeux de données pour la structure et soixante pour l'activité. Elle trouve des anomalies surtout distinctes dans l'autisme et dans le TDAH. Le seul recoupement notable concerne une petite région, l'insula antérieure droite, moins active quand il faut retenir un geste.
Les volumes de matière grise varient même en sens inverse. Dans le TDAH, ce volume est plutôt réduit au cortex orbitofrontal, une région de la décision et du contrôle de l'impulsion, un résultat surtout net chez l'adulte. Dans l'autisme, la matière grise est plutôt augmentée dans les régions temporales et une partie du cortex préfrontal. Une autre étude, menée sur plus de cent cinquante cohortes, retrouve des différences d'épaisseur corticale propres à l'autisme et des différences sous-corticales propres au TDAH, sans différence partagée entre les deux.
De ces observations, on tire souvent une image simple. L'autisme toucherait surtout l'architecture du cerveau, sa structure et son câblage, tandis que le TDAH toucherait surtout le pilotage, la façon de moduler l'attention et l'humeur en temps réel. L'image est commode et elle capte une tendance. Elle demande pourtant de la prudence, parce qu'elle simplifie. L'autisme présente aussi des différences de fonctionnement, parfois plus marquées que dans le TDAH. L'axe architecture contre pilotage est une porte d'entrée utile, à condition de ne pas le prendre pour une carte exacte.
Du côté du TDAH, le pilotage se lit assez bien dans la chimie. Deux messagers, la dopamine et la noradrénaline, y jouent un rôle central. On le sait notamment parce que les traitements efficaces agissent sur eux, en augmentant leur disponibilité dans le cortex préfrontal et le striatum, les régions de la motivation et du contrôle. L'idée ancienne d'un simple manque de dopamine a été abandonnée. Ce qui se joue ressemble davantage à un déséquilibre entre plusieurs messagers qu'à la panne d'un seul.
Du côté de l'autisme, la différence se lit plutôt dans le câblage. Les travaux décrivent souvent une connectivité trop forte à l'échelle locale et un équilibre fragile entre l'intégration et la séparation des grands réseaux, quand le TDAH montre plutôt une connectivité insuffisante entre les régions qui coordonnent l'ensemble. Ces tendances sont réelles, mais hétérogènes, et elles se déplacent avec l'âge.
L'autisme et le TDAH partagent aussi une large part de leurs gènes, avec une corrélation génétique d'environ quarante pour cent, ce qui explique qu'ils se retrouvent si souvent ensemble. Les quelques régions du génome qui les distinguent, elles, fonctionnent en sens inverse. Là où une variante augmente le risque d'une condition, elle protège de l'autre. Et cette part différenciante est justement celle qui touche aux capacités cognitives. Les deux troubles poussent sur un fond commun, tout en tirant sur des cordes opposées à certains endroits.
Rien de tout cela ne trace une frontière étanche. Les deux conditions coexistent souvent chez la même personne, et les études qui les comparent oublient parfois le TDAH présent chez des personnes autistes, ce qui brouille les résultats. Sur cette cooccurrence et sur ce qu'elle fait vivre, un autre article s'y consacre, AuDHD : autisme et TDAH à la fois.
La prudence reste de mise. Ces différences sont des moyennes de groupe, tirées d'études surtout menées chez des hommes et chez des personnes peu gênées au quotidien, parfois sous traitement. Elles ne permettent pas de diagnostiquer quelqu'un à partir d'une image de son cerveau. Aucun scanner ne dit « autiste » ou « TDAH » ; c'est l'examen clinique, l'histoire de la personne, qui tranche.
Pour une même personne, l'étiquette compte moins que le rouage qui produit la difficulté. Une inattention qui vient d'une surcharge sensorielle et une inattention qui vient d'un défaut de régulation n'appellent pas la même réponse. Comprendre le mécanisme derrière le comportement oriente vers la bonne aide, là où le nom du trouble seul n'y suffit pas.