AuDHD : autisme et TDAH à la fois, et le piège de l'instabilité
Un précédent article distinguait deux manières de brouiller l'axe de la référence interne et externe : le TSA, qui rend le décodage social coûteux, et le TDAH, dont la régulation de l'attention et des émotions fait flotter le locus. Reste la situation où les deux coexistent chez la même personne. On l'appelle l'AuDHD.
Longtemps, les diagnostics d'autisme et de TDAH s'excluaient l'un l'autre dans les manuels. Cette exclusion a été levée en 2013, et l'on sait aujourd'hui qu'ils coexistent souvent : une large part des personnes autistes ont aussi un TDAH, et beaucoup de personnes TDAH présentent des traits autistiques marqués. La communauté concernée a forgé un mot pour cette configuration, AuDHD.
On entend souvent que le TDAH serait une forme atténuée d'autisme, ce qui est inexact. Les deux partagent une part d'hérédité et quelques gènes de susceptibilité, mais leurs mécanismes diffèrent. L'autisme touche d'abord la manière de traiter l'information sociale et sensorielle ; le TDAH, la régulation de l'attention et des émotions. On peut avoir l'un, l'autre, ou les deux.
Ce qui rend l'AuDHD particulier, ce n'est pas que les difficultés s'additionnent, c'est qu'elles se contredisent. Reprenons le feedback, ce moment où quelqu'un nous dit que ce qu'on a fait ne convient pas. Le versant autistique le traite comme une donnée : il s'agit de comprendre ce qui n'allait pas et d'ajuster le modèle, sans y voir une blessure. Le versant TDAH peut recevoir la même phrase comme un coup, par la dysphorie sensible au rejet. Chez une personne AuDHD, les deux se déclenchent ensemble sur la même information : elle cherche froidement à comprendre ce qui doit changer, et elle encaisse une douleur sans rapport avec la remarque. De l'extérieur, on ne voit souvent que la réaction émotionnelle, et l'on conclut à de la susceptibilité.
Un collègue lance « tu aurais pu me prévenir ». La personne note l'information et se promet de prévenir la prochaine fois ; en parallèle, elle se sent submergée par l'idée d'avoir mal agi, parfois pour le reste de la journée. Les deux réactions sont là, sans que l'une annule l'autre.
Un second effet déroute davantage l'entourage. Le versant autistique installe un modèle interne cohérent, des principes clairs, des positions tenues fermement. Le versant TDAH, par ses variations d'état, court-circuite régulièrement ce modèle. Un jour, en hyperfocus, la personne défend une position sans fléchir, à partir de ses propres repères. Un autre jour, en sous-activation, elle semble flotter, chercher l'avis des autres, ne plus savoir ce qu'elle veut. Le socle interne n'a pas bougé ; c'est l'accès à ce socle qui varie. Vu du dehors, on prend parfois cette oscillation pour de la versatilité, voire de l'instabilité de caractère, alors qu'elle tient à l'alternance des états.
La tension propre à l'AuDHD se loge là : avoir un besoin fort de cohérence, hérité du versant autistique, ne pouvoir y accéder que par intermittence à cause du versant TDAH, et souffrir quand l'environnement vient la contredire.
La surface, ici encore, induit en erreur. Devant quelqu'un qui paraît à la fois rigide et instable, hypersensible à la critique et pourtant capable de décider seul, la question utile est de voir deux fonctionnements superposés, plutôt que de trancher entre « fort » et « fragile ». Pour la personne concernée, l'enjeu est d'apprendre à reconnaître l'état où elle se trouve, et à poser au-dehors des repères stables et écrits, qui tiennent quand l'accès intérieur se ferme. Chercher à muscler une confiance déjà présente par moments, ou à s'endurcir à la critique, vise à côté. Reconnaître l'AuDHD comme une configuration à part entière évite de le prendre pour un trouble de l'humeur ou de la personnalité, et de traiter le mauvais problème.