La noradrénaline : vigilance, stress et attention
Chacun connaît les deux bouts de l'attention. Le matin où l'on n'émerge pas, où rien n'accroche, où l'esprit reste cotonneux. Et l'inverse, ces moments sous pression où la pensée se brouille et où l'on n'arrive plus à réfléchir. Entre les deux se trouve la zone où l'on travaille bien. Cette bande de réglage a un nom en neurosciences et un messager chimique qui la gouverne en grande partie, la noradrénaline.
Un niveau d'éveil optimal
La noradrénaline est produite par un petit noyau situé à la base du cerveau, le locus coeruleus, qui la diffuse ensuite très largement. Son rôle est de régler l'éveil, cet état d'activation général qui va de l'endormissement à l'alerte vive. Depuis longtemps, les psychologues décrivent la relation entre éveil et performance par une courbe en cloche inversée. Trop peu d'éveil, on est mou et distrait ; trop, on est débordé ; au milieu, on est au meilleur de ses moyens. Les travaux sur la noradrénaline ont donné un support cérébral à cette vieille observation. Dans le cortex préfrontal, la région de la planification, une quantité modérée de noradrénaline améliore le fonctionnement, tandis qu'un excès, tel qu'on en produit sous stress, le dégrade.
Se concentrer ou explorer
Le locus coeruleus ne se contente pas de monter ou de baisser le volume. Il fonctionne selon deux modes. Dans le mode phasique, il envoie de brèves décharges calées sur ce qui compte à l'instant, ce qui soutient la concentration sur une tâche. Dans le mode tonique, son activité de fond est plus haute et plus continue, ce qui pousse au contraire à décrocher de la tâche en cours et à explorer autre chose. Une théorie influente y voit un arbitrage permanent entre exploiter ce qu'on fait et aller voir ailleurs. Vu ainsi, l'attention tient moins d'une lampe qu'on allume que d'un compromis sans cesse rejoué entre se fixer et se disperser.
La piste noradrénergique du TDAH
Cette chimie éclaire une partie du TDAH. Plusieurs médicaments efficaces contre ses symptômes agissent sur la noradrénaline, l'un en empêchant sa recapture, ce qui augmente la quantité disponible dans le cortex préfrontal, un autre en imitant son action sur certains récepteurs. Que renforcer ce système améliore l'attention et le contrôle appuie l'idée que sa régulation y est en jeu. L'argument est fort, mais indirect. Qu'un traitement fonctionne dit quelque chose du mécanisme, sans prouver à lui seul l'origine du trouble. On parle donc d'une hypothèse noradrénergique, solide et partielle, à tenir à côté de la dopamine, avec laquelle la noradrénaline travaille étroitement.
Et dans l'autisme ?
La question est plus récente, et les réponses plus prudentes. Comme la taille de la pupille reflète en partie l'activité du locus coeruleus, des chercheurs s'en servent pour observer l'éveil sans rien mesurer d'invasif. Quelques études trouvent chez des enfants autistes une régulation de l'éveil atypique, l'une d'elles la distinguant même de ce qu'on observe dans le TDAH. C'est peu, et cela demande confirmation, mais la piste s'accorde avec un vécu souvent rapporté, celui d'un système d'alerte qui se cale mal, tantôt en sous-régime, tantôt en survigilance.
Ce que ce fil relie
La noradrénaline offre un fil pour rapprocher des choses qu'on vit séparément, la difficulté à démarrer quand l'éveil est trop bas, l'effondrement de la concentration quand le stress le fait monter trop haut, et la bascule entre se concentrer et se laisser distraire. Elle n'explique pas tout, et travaille avec bien d'autres facteurs. Mais elle rappelle surtout que la concentration ne dépend pas que de la bonne volonté, et qu'elle tient aussi à un niveau d'éveil qu'on peut apprendre à connaître et à ménager.