La myéline : les câbles du cerveau autiste sont-ils différents ?
On lit parfois que le cerveau autiste aurait des câbles différents, une myéline plus fine, une isolation moins bonne qui expliquerait d'un coup les difficultés. L'idée séduit par sa simplicité. Elle va bien au-delà de ce que les études permettent de dire.
Un mot de vocabulaire d'abord. La substance blanche, ce sont les fibres qui relient les régions du cerveau entre elles. Chaque fibre est gainée de myéline, une enveloppe qui joue le rôle de l'isolant d'un câble et accélère la transmission du signal. Demander si les câbles sont différents revient à poser deux questions à la fois, celle de leur organisation d'ensemble et celle de l'état de cette gaine.
Ce que l'IRM montre, et où
Sur l'organisation, les données convergent. Quand on compare des groupes en IRM de diffusion, on retrouve en moyenne des différences de substance blanche chez les personnes autistes, répliquées par plusieurs méta-analyses. L'endroit le plus constant est le corps calleux, le grand faisceau qui relie les deux moitiés du cerveau. La mesure la plus utilisée, l'anisotropie fractionnelle, y est en moyenne plus basse chez l'adolescent et l'adulte autistes.
Ce qu'une baisse d'anisotropie ne dit pas
Cette mesure demande qu'on ralentisse. Elle monte quand l'eau des tissus circule dans un sens dominant, et elle descend quand cette direction se brouille. Le problème est qu'elle ne dit pas pourquoi. Une valeur plus basse peut venir d'une myéline moins épaisse, mais aussi d'axones moins nombreux, plus fins, ou moins bien alignés. Ces causes produisent le même signal. Conclure de cette baisse que la myéline est plus fine revient à lire une seule réponse là où la question en autorise plusieurs.
Des techniques plus récentes visent la myéline plus directement, en mesurant par exemple la quantité d'eau piégée dans la gaine, ou le rapport entre l'épaisseur de cette gaine et le diamètre de la fibre. Les quelques études qui les ont appliquées à l'autisme trouvent bien des différences, mais elles portent sur de très petits groupes, parfois quatorze personnes comparées à quatorze. Ces travaux ouvrent une piste, sans encore la conclure.
Une différence mouvante, et partagée avec le TDAH
Une autre raison de prudence tient à l'âge. Chez le tout-petit autiste, la substance blanche paraît plutôt en avance, avec davantage de volume et une organisation plus marquée dans certaines régions. Chez l'enfant plus grand, puis l'adulte, la tendance s'inverse. Il n'y a donc pas une différence fixe, mais une trajectoire qui se déplace au fil du développement.
Ces différences ne sont pas non plus la marque de l'autisme. Les mêmes baisses d'anisotropie au corps calleux se retrouvent dans le TDAH, où les méta-analyses les décrivent tout aussi bien. Une partie de ce qu'on observe dans la substance blanche est commune à plusieurs conditions du développement, ce qui interdit d'en faire une signature. Sur ce partage entre autisme et TDAH, un autre article entre dans le détail.
Alors, les câbles sont-ils différents ?
Leur organisation l'est en moyenne, surtout au corps calleux, et c'est un résultat solide. Dire que la myéline serait plus fine franchit en revanche une marche que les mesures actuelles ne soutiennent pas, parce que l'outil le plus courant ne sait pas distinguer la gaine du reste. C'est la nuance que l'article d'ensemble annonçait comme un chantier ouvert. Quand une source affirme qu'un détail du cerveau autiste est « plus petit » ou « plus fin », mieux vaut demander ce qui a été mesuré, et si la mesure permet vraiment de le dire.