Diagnostic de Sarah #5 : lire les regards
Sarah vient de vivre une séance marquée par des tests très visuels : observer seulement des regards et tenter d'identifier les émotions associées. Ce qui pourrait sembler simple devient une expérience troublante de décodage social, entre première impression, doute, analyse et recherche d'indices. L'épisode explore aussi ce que mesurent les tests standardisés, leur rapport à la norme, et ce que le parcours commence déjà à éclairer chez Sarah, avant même la restitution finale.
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Transcription intégrale de l'épisode, légèrement retravaillée pour la lecture.
Bonjour Sarah.
Bonjour Aliocha.
Un nouvel épisode pour cette série, un témoignage de ton chemin dans le parcours de ce diagnostic de TSA.
Quoi de nouveau ? Je crois que t'as fait un rendez-vous cet après-midi, c'est tout frais.
C'est le dernier rendez-vous que j'ai fait cet après-midi, ensuite il y a encore un rendez-vous de présentation du diagnostic.
Résultat de l'analyse.
Voilà, c'est ça.
Du coup, il y a du temps d'analyse du côté de la praticienne ?
Tu veux nous raconter des choses sur qu'est-ce que t'as fait dans ce rendez-vous aujourd'hui puisqu'il y a une chose qui m'a marqué, quelque chose de très visuel qu'on n'avait pas encore fait jusque-là, qui était de reconnaître ou de deviner l'expression d'une personne en n'observant que son regard, et vraiment le cadrage est fait pour n'avoir que le regard de la personne, des hommes, des femmes, et deviner, enfin deviner.
Et y associer l'émotion de ce regard-là, si c'est plutôt quelqu'un qui doute, qui a une attitude hostile, qui réfléchit ou qui est joyeux.
Donc une série de visages qui s'enchaînent et pour lesquels, je dois donner à voix haute ma réflexion sur comment est-ce que j'ai lu l'information et quelle information je choisis en associant ce sentiment à ce regard ?
Oui.
Et donc ce sont vraiment juste des rectangles qui montrent un extrait du visage, on voit pas le visage entier, on voit les yeux, le haut du visage dans un rectangle, le tout en noir et blanc.
Et tu dois dire très spontanément, d'après toi, qu'est-ce que cette personne est en train de ressentir comme émotion ? Donc c'est vraiment du décodage social, l'émotion implicite.
Oui.
Alors qu'est-ce que ça t'a fait de faire cet exercice ?
Là, là, c'était déroutant parce que la première impression, la première consigne était de savoir si ça me faisait plutôt une impression, une émotion positive ou négative, une tendance quoi.
Et je me suis vraiment creusé la tête.
Dans la découverte et ensuite choisir le bon, il y en a quelques-uns pour lesquels c'était évident.
Puis d'autres, j'ai vraiment douté en vraiment faisant la chasse à l'indice : est-ce que je vois une pommette haute qui pourrait me laisser penser que la personne sourit, est-ce que la ride du lion me laisse penser que la personne est plutôt contrariée ou pas ?
C'est, je trouvais ça vraiment difficile.
Tu sais comment il a été conçu, ce test ?
Pas exactement.
En fait, ce sont des comédiens à qui on a demandé de mimer des expressions.
Donc on les a pris en photo et on a posé cette question de test à d'énormes échantillons pour avoir des moyennes de population.
Et l'idée c'est qu'on a retenu que les photos où 98 % au moins des gens trouvaient l'émotion de la tristesse.
Par exemple, on s'est dit, bon, après, manifestement, a priori, cette photo, elle nous montre bien la tristesse.
Et du coup, là, dans l'utilisation, dans les tests, ça, parce que c'est un rapport à la norme.
C'est que, normalement, si on prend une grande moyenne générale, la plupart des gens ont trouvé, parce que c'est franchement marqué dans une tonalité.
Si je me souviens bien, il y a des mots à chaque coin de l'image, il y a quatre propositions.
C'est ça.
Donc, quatre propositions à chaque fois.
Ouais.
Il y en a vraiment où je me suis posé la question, comme par élimination.
Bon, celui-là, non, je pense pas, ça ne peut vraiment pas être la jalousie.
Par contre, là, enfin, à chaque fois, des exemples différents et j'étais très surprise entre ma première impression et les choix que j'avais faits réellement, qui étaient souvent assez différents.
Donc, hâte de voir qu'est-ce que, qu'est-ce que donne le résultat de ce test ?
Ouais, qu'est-ce qu'il en sort ?
Est-ce que tes premières intuitions étaient meilleures que la suite, c'était plutôt le contraire ?
D'ailleurs, t'as eu une réponse, déjà ?
Spontanément, elle m'a fait un petit commentaire, en me disant, on sent que, au bout de la moitié, vous en avez marre et vous avez arrêté d'analyser pour me faire des réponses plus spontanées et vous vous êtes moins trompée.
Donc, ta primo-analyse était, enfin, ton premier ressenti était probablement meilleur que le résultat d'une réflexion.
Ouais.
Ouais, mais comme souvent.
D'autres choses remarquables, dans ce dernier rendez-vous de ton diagnostic ?
Un, quelque chose qui était un peu plus connu sur la lecture de petits textes et puis dire s'il y avait une incohérence ou quelque chose de surprenant.
Pour moi, ça rajoute une difficulté parce que je sais que le temps est court et que la lecture, c'est quelque chose qui me prend pas mal de temps, donc je me suis sentie là pour le coup vraiment avec cette énergie du réussir ou rater le test comme un examen scolaire.
Ça sécrète de l'inconfort chez moi.
Heureusement, c'était assez court, il y a juste trois petits textes à lire, des choses assez classiques sur, de ce que je comprends, la capacité à déduire un implicite dans une petite histoire.
Qu'est-ce que tu pourrais partager un peu de manière globale sur ces différentes séances de diagnostic ? Comment tu les as vécues ? Qu'est-ce que, par rapport peut-être à ce que tu as appréhendé avant ? Finalement, c'était comment ?
Eh bien, mon impression, c'est que c'est finalement très court, moi qui m'attendais à quelque chose de plus exhaustif et je trouve que ça m'a plu, en fait, que les séances soient assez rythmées et rapides, moi qui ai une bonne propension au doute, ça ne laisse finalement pas trop de place à ça, même si parfois le doute est bien présent et très inconfortable à traverser.
Je retiens, quelque chose qui m'a marquée, c'est à quel point ça a un peu déjà fait un peu des reflets ou mis en lumière certaines choses qui me semblaient toutes banales.
Donc, ouais, plutôt rapide et des mises en lumière déjà en cours de route qui étaient très éclairantes.
Qu'est-ce que tu as appris sur toi déjà ? Qu'est-ce que ça a éclairé ?
La chose la plus marquante, c'est, comme je le disais, la place du doute et à quel point c'est important pour moi de trouver une manière d'avoir un référentiel, un référentiel hors de moi, extérieur à moi, de sentir si c'est plutôt juste ou pas en fonction d'un référentiel quel qu'il soit.
Oui, ça a été le gros apprentissage de ça, je me souviens qu'on a parlé de ça la dernière fois.
Et plus largement sur ce mois de juin, puisque tu as concentré tous tes rendez-vous en quelques semaines pour faire ça vite, etc., on arrive vers la fin et il reste un rendez-vous pour la restitution de ton diagnostic.
Qu'est-ce que tu penses de cette stratégie que t'as utilisée finalement de tout rassembler en quelques semaines ?
Moi, je trouve qu'elle est excellente.
Ah ! Je trouve ça bien parce qu'il y a un rythme qui s'est installé avec quasiment une semaine d'écart entre chacun des rendez-vous, je crois que ça crée une forme de prédictibilité, prédictibilité que je trouve confortable, et ça s'étale pas dans le temps, ça permet d'obtenir rapidement une réponse, pour moi ça c'est bien.
Et oui, où est-ce que tu en es des appréhensions dont tu pouvais parler au début sur résultats positifs, pas positifs ? Qu'est-ce qu'on va penser de moi ? Qu'est-ce que je vais penser de moi ? Là où j'en suis, c'est que j'arrive de plus en plus à me dire que quoi qu'il en sorte, c'est pour moi, et que ce sera de toute façon apprenant pour moi. C'est quelque chose qui commence à se conforter vraiment.
Oui, donc je sens déjà quand tu le racontes, c'est beaucoup plus détendu quand même qu'au début du parcours. En fait, il y a déjà des apprentissages qui te nourrissent. Oui, c'est ça. Et puis peut-être que la perspective de, et si c'est pas de l'autisme, alors qu'est-ce que c'est ? C'est peut-être une idée qui se fait un peu plus de place en moi, avec quelque chose, peut-être d'un peu de tristesse ou d'un peu d'inquiétant avec du... Ok, il va falloir chercher autre chose, qu'est-ce que ça pourrait être ? Est-ce que ça va me reprendre autant de temps d'attention ? Est-ce que c'est si important d'avoir une réponse ? Ah, je ne sais pas du tout.
Du tout du tout, quoi, finalement. Voilà.
Parfait. Oui, mais on sent quand même que ça a changé de registre un petit peu.
Bon, apparemment, c'est plus exactement un réussir ou rater, mais plutôt est-ce que tu te diriges vers une clarification, une explication assez facile ? Enfin, facile. En ce cas, une explication qui permettrait de clarifier des fonctionnements, ou est-ce qu'il va falloir qu'on cherche autre chose ? Autre chose, c'est ça ? Ouais, ouais, c'est ça. C'est peut-être quelque chose d'autre que le diagnostic met en lumière, je me rends compte à quel point c'est particulier de faire expliciter le mode de fonctionnement, en fait, le raisonnement, de différencier ce qui est appris, des reproductions, etc. Et oui, c'est l'intérêt des diagnostics qui sont standardisés. C'est aussi ce qu'on leur reproche. Je pense qu'on pourra même en faire un épisode là-dessus pour se parler, qu'est-ce que ça raconte comme vision du monde et pourquoi c'est intéressant ? En fait, une standardisation, ça permet de mesurer un écart à la norme. Et si on imagine que la graduation des possibles
est très vaste, il y a toutes les variations de possibles imaginables, mais si tu sais qu'il y a 90% de la population qui se retrouve quand même dans une fourchette de comportements qu'on peut standardiser, mais que toi tu es à l'écart de ce comportement, mais ça donne quand même une indication sur à quelle fréquence chaque jour tu croises des gens qui ont des fonctionnements profondément différents. Ce n'est ni mieux ni moins bien, mais juste ça indique ça. Et ça peut nous donner des pistes pour comprendre pourquoi est-ce qu'on vit des inconforts, pourquoi est-ce que des trucs sont plus difficiles et qui demandent des ajustements. Et c'est la raison d'ailleurs pour laquelle ces tests sont très standardisés, c'est des référentiels internationaux qui sont mis à jour régulièrement, c'est qu'en fait, comme la population et les habitudes évoluent, les standards évoluent. Et donc, je ne sais plus exactement, mais tous les dix, quinze ans, il y a des mises
à jour de ces référentiels, il y a des nouvelles versions, un peu comme des nouvelles versions logicielles, parce que pour mesurer un écart à une norme, il faut mettre à jour la norme, la norme évoluant.
Plutôt rassurant. Et en même temps, ça permet, je trouve, de se dire de ne le prendre que pour ce que c'est, ça n'est que la mesure d'un écart à une norme.
Donc ça permet peut-être de prendre un peu de recul, c'est pas l'alpha et l'oméga de notre identité, c'est pas ta nouvelle redéfinition de toi-même, même si ça peut faire un peu shifter, parce que, du coup, on peut se réidentifier à partir d'autres choses, mais ça reste dans un référentiel. Et c'est d'autant plus important que souvent les gens qui ont fait ce parcours et qui, du coup, portent une étiquette comme étant diagnostiqués, vont un peu revendiquer cet écart à la norme, c'est une nouvelle manière d'exister dans la norme parmi la société qui est forcément normative. Et probablement que ça a été très soutenu ces 20 dernières années par la loi handicap de 2003, je crois, j'ai un petit doute sur l'année, qui inverse un peu le rapport de charge en disant, en fait, c'est la société qui doit s'adapter au handicap et pas l'inverse.
Bon, du coup, on se reparlera bientôt après l'explication que tu auras eue de tous ces diagnostics et les prochaines étapes. Et de la suite, quelle qu'elle soit.
Le grand suspense pour le prochain épisode.
Merci Sarah.