Diagnostic de Sarah #3 : le premier rendez-vous
Trois jours après sa première séance de diagnostic TSA, Sarah revient sur ce qu'elle a vécu avant, pendant et après le rendez-vous. Elle raconte la préparation, presque comme avant un examen, la peur de « rater » le test, puis la rencontre avec une professionnelle qui l'amène à retracer son histoire rapidement et concrètement. Un épisode sur l'anxiété, l'anamnèse, la recherche d'indices dans sa propre vie, et la manière dont le simple fait de raconter commence déjà à transformer.
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Transcription intégrale de l'épisode, légèrement retravaillée pour la lecture.
Bonjour, ça va, on est au troisième épisode d'une série qui en contient, je ne sais pas combien, puisque cette série d'interviews, de discussions vise à documenter et raconter tout ce que tu peux vivre à chaud pendant ce processus de diagnostic de TSA, qui va prendre quelques semaines. Aujourd'hui, on discute et on est trois jours après ton premier rendez-vous, première séance du parcours de diagnostic et du coup j'aimerais que tu nous racontes un petit peu comment ça s'est passé, comment tu l'as vécu ? Oui, il y a déjà un avant, il y a les quelques jours qui précédaient le rendez-vous. Je me sentais assez, enfin le sujet était bien présent dans mon esprit et je me demandais un petit peu évidemment comment ça allait se passer. Et je me suis préparée, je me suis préparée un peu comme si j'allais à un examen, comme pour me conforter, assembler un peu mes idées, comme si j'avais peur de rater mon test comme un examen scolaire. Oui, il y a une sorte d'anxiété, un peu, ou de pression
sur ce premier rendez-vous ? Oui, ça, c'était présent, un peu comme si, fallait que je me conforte dans le fait que j'ai de bonnes raisons de faire cette démarche, comme si peut-être être prise à défaut par la thérapeute, ça aurait été grave en fait. Qu'elle me dise : mais non, pas du tout, c'est une vue de l'esprit, vous n'avez rien à faire là, vous vous êtes complètement trompée. Ah oui, donc ça c'est une sorte de peur qui planait un peu avant ce rendez-vous. Et alors, quand tu dis, je me suis préparée, tu t'es préparée comment, tu pensais à quoi, tu réfléchissais à quoi ?
Ben souvent sur mes trajets de vélo, je pensais à des indices ou des éléments que j'ai déjà pu repérer comme atypiques ou un peu particuliers, des modes de fonctionnement, de raisonnement que je peux avoir, des choses qui m'agacent, pour lesquelles je n'ai pas la sensation de réussir à me faire comprendre. Enfin, voilà, j'ai essayé un peu de lister quelques mécanismes et puis à chaque fois, de trouver un exemple très concret pour avoir quelque chose d'objectivable. Pour le relier à ce que tu sais, ou ce que tu crois savoir du TSA ? Ouais, c'est un peu ça. C'est intéressant ce que tu décris là parce que je crois que c'est une étape probablement nécessaire pour aller vers un diagnostic, mais comme si on essaye de s'auto-diagnostiquer, de s'auto-confirmer, à partir des articles que t'as lus, des podcasts que t'as écoutés : est-ce que je fais bien partie de ce monde-là ?
Ouais, complètement, et puis je crois que j'essaie vraiment de me rassurer en faisant ça. Ça ne marche pas très bien. Ben non, bien sûr. Mais j'imagine t'as quand même trouvé des trucs, du coup, des exemples d'agacement, d'activation ou de sensibilité. Ouais, j'ai commencé à les noter un peu, à les consigner. Avant le rendez-vous. Avant mon rendez-vous, comme étant des choses sur lesquelles je pourrais m'appuyer si jamais, je ne sais pas, je panique, ou je suis sidérée ou... Et comment t'as trouvé de faire ces exercices ? C'était intéressant, c'était pénible, c'était révélateur, qu'est-ce que ça t'a fait, cette documentation ? Ouais, de noter des choses en amont. Je me suis sentie vraiment avancer à tâtons, avec du : tiens, et ça, est-ce que je le note ? Est-ce que ce serait signifiant ou pas ? Donc, j'ai... Je sens que j'ai capturé des choses avec du : peut-être, on verra. Ouais, ma question c'était plutôt... C'était comment pour toi de faire ça ? Est-ce que c'était
agréable ? Est-ce que t'as envie de continuer ? Ou au contraire, peut-être que c'était oppressant, je ne sais pas, je ne sais pas bien... Ouais, j'ai du mal à dire quelle est la sensation que j'ai associée à ça. Je l'ai fait parce que je me suis dit que c'était bien de le faire.
Oui, donc vraiment dans cette optique de te préparer, d'arriver la plus prête possible. Et attends, bon, il arrive, ce rendez-vous ? Ouais, tu nous racontes ça, ça se passe comment ? J'ai beaucoup aimé la personne que j'ai eue en face de moi. Quelqu'un qui va droit au but, qui est énergique, on n'a pas le temps de... s'appesantir ou de... Voilà, j'ai aimé le tempo, le rythme, et ce rendez-vous a commencé avec comme un récit de vie un peu accéléré. Et j'ai bien aimé ça parce que même si j'ai déjà été accompagnée en thérapie, j'ai déjà raconté des choses sur ce fameux récit de vie, et là, j'ai l'impression que d'être vraiment rythmée, je fais des réponses beaucoup plus à l'essentiel.
C'était guidé, du coup ? Ouais, c'est ça. Comment elle fait ça, à quoi ça ressemblait ? Pour quelqu'un qui n'y était pas et qui veut s'imaginer, ça ressemble à quoi ? Des questions assez ouvertes pour commencer sur ma petite enfance, ma cellule familiale, donc l'environnement où j'ai grandi. Est-ce qu'il y a eu des déménagements ou des changements de vie importants dans la jeune enfance ? Et là, ce qui est intéressant pour moi, c'est que j'ai eu ce reflet : ah oui, quand même, en fait, il y a eu pas mal d'évolutions de contexte et je l'avais jamais vraiment remarqué, pour moi, c'était juste ma vie, c'était comme ça, on a beaucoup déménagé entre mes 3 et 17 ans, pour moi, c'était juste normal. Et j'avais pas imaginé que ça puisse avoir un impact sur le développement de l'enfant, en fait. Ok, et du coup, est-ce que t'as d'autres exemples de questions de relance ou de comment elle t'a fait raconter ta vie ? Des questions assez ouvertes avec du
comment ça se passe. Quel climat il peut y avoir, s'il y a des liens qui sont particulièrement tissés ou pas, s'il y a des facilités, des difficultés. Et alors qu'est-ce qui a été différent, à te l'avoir dit là, par rapport à d'autres expériences que t'as déjà eues de récit de vie ? Eh bien là, le contexte est très différent, le périmètre est assez circonscrit, donc ça m'invite à observer plus précisément des moments particuliers. Ok. C'est ça qui est différent. Donc tu racontes ta vie, ton enfance, c'est segmenté, c'est chronologique ? Oui, c'est plutôt chronologique, c'est chronologique. Et après ? Et après, j'ai comme un blanc. Et après, c'est que ça m'a soulevé plein de questions, des choses auxquelles j'avais jamais pensé ou sur lesquelles j'ai pas de souvenir. Donc dans le et après, je me suis noté plusieurs points pour aller un peu questionner, chercher, voir s'il reste des traces. Donc questionner, chercher quoi ?
Auprès de mes parents, notamment savoir un peu quel enfant j'étais. Je pense en termes de tempérament. Ouais, j'ai quelques souvenirs de la manière dont je me percevais, mais il n'y en a pas beaucoup. Et je pense que j'aimerais bien avoir une vue un peu plus globale et puis aussi avoir le regard qu'eux, ils ont. Donc t'as prévu de contacter tes parents pour leur poser des questions, c'est ça ? Ouais, il se trouve que je les vois bientôt. C'est plutôt un hasard. Je vais en profiter pour les questionner. Je suis intimidée de ça, parce que j'ai pas envie, spécialement, de leur parler de la démarche. Ah oui.
Je pense que ça pourrait orienter la manière dont ils me répondent. Du coup, t'as l'intention de poser des questions sans forcément leur dire que ça fait partie de la démarche, juste que tu t'intéresses à ton passé, à ta vie. Oui. Et quoi ? Et du coup, c'est quoi les sujets que t'as envie d'investiguer, de questionner ? J'ai envie d'avoir plus d'éléments sur comment j'étais, en termes de tempérament. Comment j'interagissais avec les autres. Je crois que j'aimerais bien revenir aussi sur les premiers apprentissages, notamment de la lecture. C'est un sujet dont on avait déjà parlé, mais je ne sais pas, il y a quelque chose qui coince sur ça, précisément. Ok. Et du coup, dans cette recherche, pour continuer d'explorer, de documenter ta propre histoire, qu'est-ce que t'as imaginé de faire d'autre encore ? Eh bien, regarder aussi mon carnet de santé, ce qu'il y a dedans, ce qui y a été noté. Je l'ai exhumé
hier soir. Je ne l'ai pas encore ouvert. J'aurais besoin d'avoir un peu de disponibilité pour le lire, donc j'imagine bien le regarder prochainement, sûrement avant de voir mes parents. Tu dis ça parce qu'il y a des questions qui concernaient ta santé et que t'avais pas les réponses, c'est ça ? Ouais, tout à fait. Et quoi d'autre dans ce rendez-vous ? Qu'est-ce que t'as eu comme questionnements de la part de la thérapeute ? Ben, il y en a eu beaucoup, et je saurais pas bien te les retracer de manière précise, qui tienne un fil. Ok. Et alors, après coup, qu'est-ce qui te reste comme goût de ce premier rendez-vous ? Qu'est-ce que ça génère chez toi ?
De l'intimidation, et en même temps, du soulagement que ça commence. Intimidée, parce que je sens qu'il y a des choses qui me touchent dans le fait de me redire ma propre histoire, d'aller peut-être trouver l'origine de quelque chose. Ça m'intimide, ça m'intéresse en même temps beaucoup.
Qu'est-ce que ça change de raconter une fois de plus ta vie dans un cadre thérapeutique alors même que tu l'as déjà fait plusieurs fois ? Et en le faisant, ta réponse tout à l'heure, c'était de dire : c'est dans une démarche particulière de diagnostic. Mais du coup, qu'est-ce que ça produit de différent cette fois-ci par rapport aux autres expériences que t'as déjà faites ? Je crois que c'est la perspective d'avoir une réponse. Une réponse à quoi ? Une réponse à : est-ce que ça relève du spectre de l'autisme ou pas ? Et c'est comme si c'était un objectif d'avoir la réponse à cette question-là.
C'est un objectif très déterminé, même plus que ce que je pense que j'ai pu avoir pour d'autres démarches. Donc, ça fait différent. Dans la démarche un peu globalement, est-ce que t'as des choses nouvelles à nous dire ou à partager ? T'es entre ton premier, ton deuxième rendez-vous, il y en a, je sais plus combien, quatre ? Il y en a quatre en tout pour faire le test complet. Qu'est-ce qu'il y a de nouveau ? En parler à des personnes très proches de moi, ce n'est plus aussi impossible. C'est moins secret. Du coup, t'as une intention par rapport à ça ? Oui, c'est d'en parler aux gens qui sont proches de moi dans ma vie d'aujourd'hui. Il n'y a pas énormément de monde, mais en tout cas pour ces quelques personnes, j'ai envie de pouvoir leur parler de ça, de cette démarche, de ce qu'elle produit sur moi maintenant, et puis potentiellement après. Tu pourrais nous dire un peu plus précisément ? Parce que t'as déjà parlé à tes associés, et une amie, tu avais dit,
tu nous as dit la dernière fois ? Eh bien, une autre amie est maintenant au courant.
Et si je ne me sens pas prête à en parler à mes parents, je pense que je vais réussir à en parler à mon frère. Donc, le cercle s'élargit, petit à petit. C'est ça. Je le vois plutôt comme une bonne chose. Ouais, super. Bon, merci. Merci pour ce témoignage. À la prochaine fois.
À la prochaine fois.
Donc, on est juste sur le débrief, après le podcast, sur le podcast.
Oui. Comment tu t'es sentie là-dedans, dans cet enregistrement, aujourd'hui ?
Pas très confortable. Pour moi, c'est pas facile de doser le dévoilement qu'il y a dans cet exercice. Je sais pas exactement ce qu'on va en faire après, pour le moment le projet, il est en construction. Parce que j'ai senti que dans mes questions, j'avais parfois des réponses très minimales, des oui, non. Ou une redite d'un truc que tu m'avais dit, ou très conceptualisé, comme si c'était un peu une barrière, où tu n'avais pas trop envie d'entrer là-dedans, ça se sent un peu que tu as de l'hésitation sur ton dévoilement. Évidemment, moi, je me pose la question : est-ce que je vais te questionner plus loin ? Ou est-ce que je te laisse tranquille en me disant, bon, c'est ta limite et c'est ok. Comme je te disais, je pense que le podcast, il est intéressant, non pas pour la méthode qu'il raconte, parce que ça, c'est déjà documenté, mais plutôt ton parcours à toi.
Comment ça se passe ? Dans la tête de Sarah, dans le cœur de Sarah, qui vit tout ça, ses craintes, ses peurs, ses envies, ses soulagements. Et je pense que c'est vraiment un truc très raconté à la première personne, avec du je à longueur de phrases, du je pensais, j'envisageais ça, qui va nous embarquer, nous emmener avec toi. Mais je crois que j'ai peur de raconter des choses pas intéressantes, justement. Et donc, je vois que je fais des généralités, ou que j'essaie de mettre du concept, quelque chose de bien dit. Alors, je vais prendre de l'avance et faire une hypothèse sur nos auditeurs, mais moi, je crois que c'est précisément quand tu parles de toi que c'est intéressant.
Je dis ce que j'en pense, mais moi, quand j'écoute des podcasts, ce qui m'intéresse, c'est quand les gens racontent des trucs qu'ils ont vécus, pas les grandes leçons, voilà, si c'est quelqu'un que je trouve crédible. Et, je ne sais pas, quand j'écoute une intervention d'un très grand ponte, je me délecte des concepts qu'il m'explique, mais parce que c'est ça que je vais chercher chez ce penseur. Là, on est dans un témoignage, mais du coup, ça me donne envie de peut-être avoir une discussion avec toi. Est-ce que ça serait une bonne idée qu'on décide maintenant une bonne fois pour toutes qu'est-ce qu'on va faire de tout ça ? Parce que j'ai l'impression que le flou de qu'est-ce qu'on va faire de ces enregistrements, finalement, ça devient un peu inhibiteur. Qu'est-ce que t'en penses ?
Oui, je vois la malice dans ton regard. J'ai envie de te dire : ah oui, très bien, exploitons, diffusons ça. Plutôt France Culture, France Bleu Isère, RCF ou Radio Sémawé ? Qui ça pourra intéresser ? Par exemple, là, ce qu'on a enregistré, on a fait trois épisodes. Si je te disais, ok, ceux-là, on les met sur le site de témoignage. On propose à la chaîne de podcasts d'Arte. Ou même, avant d'une telle publication, on publie nous-mêmes sur un podcast, tu serais ok ?
Ah, j'ai la lèvre qui tremble un peu. Oui, mais j'ai un petit tracas pour le trois, l'épisode trois qu'on vient de faire juste avant. Je crois que j'aurais très envie qu'on le recommence.
On peut le refaire, on peut le refaire. Peut-être que celui-là, on peut le mettre au compte du making of, des scènes ratées. L'épisode trois, il est en version ratée, si vous voulez l'écouter. Sinon, allez à l'épisode quatre, tout de suite.
Oui, c'est ça. On peut très bien faire ça. Moi, je trouve ça intéressant d'y laisser un truc très brut. Il y a les ratés dedans. À la fois, tu vois, ce qu'on vient d'enregistrer, oui, il y a des moments où j'ai eu du mal à avoir tes réponses et en même temps, ça, c'est intéressant. C'est pour cela que là, j'ai remis le bouton enregistrer : parce que se parler de qu'est-ce qui est difficile dans le fait de témoigner, je crois que tous les gens qui ont fait un parcours de diagnostic et de coming out à leur entourage traversent ces doutes, ces questions, j'y vais, j'y vais pas, et si jamais, qu'est-ce qu'ils vont penser ? Et là, bam.
Parce que, tu vois, quand je suis revenue de ce rendez-vous, je suis montée sur mon vélo, et puis je suis arrivée jusqu'à l'agence. J'étais un peu comme dans un état, je ne sais pas, un peu sonnée, un peu touchée, quoi. Et j'ai pris un café, j'étais bien contente de voir Juliette arriver à ce moment-là, et de pouvoir lui livrer un peu, là, ce que je vivais à ce moment-là. Mais là, je sens que je pourrais avoir une petite larme qui va couler parce que je me sens émue, je ne sais pas trop d'où ça vient. Et je ne suis pas capable de redire qu'est-ce que ça m'a fait, et qu'est-ce que j'ai vécu, qu'est-ce qui a particulièrement résonné, tout de suite, dans l'heure qui a suivi cet entretien. Du coup, quand tu me poses les questions pour raconter, les mots viennent pas. Je crois que je ne suis pas capable d'identifier c'est quoi, l'émotion, c'est quoi le ressenti à ce moment-là. Je ne sais pas, je me sens dans un processus. Et puis c'est ça, il y a un début, puis il y a une fin, et au milieu,
il y a un bouillon, et je crois que ça me va de ne pas chercher à trop comprendre ce qui se passe là-dedans. Et en même temps, le fait d'enregistrer ce podcast, je le vois aussi comme une chance de pouvoir peut-être capter, avoir quelques capsules, quelques cartes postales du voyage, qu'on pourrait regarder après : mais tu te rappelles, t'es passée par là. Mais tu vois, par exemple, je trouve que c'est peut-être ce petit moment où t'arrives au bureau, tu vois Juliette qui se fait un café, tu prends un café avec elle, tu sors tout juste de ton premier rendez-vous. Peut-être ce moment-là, il est encore plus intéressant que le rendez-vous lui-même : comment tu te sens, qu'est-ce qui se joue quand tu vois Juliette ? Est-ce que c'est un soulagement ? Est-ce que t'as envie de te confier ? Est-ce que non, en fait, on parle d'autre chose ? En tout cas, à ce moment-là, Juliette, j'ai eu envie de lui en parler.
Oui.
Ça c'est sûr.
Oui, du coup, tu lui as raconté le rendez-vous spontanément, avec un petit peu quelques éléments, elle connaissait déjà le processus, donc elle avait déjà une idée de ce qui se passait là-dedans.
C'était chouette parce qu'elle m'a un peu devancée, en me disant : mais tu vas voir, après, il y aura ci, il y aura ça, même si on venait de me l'expliquer le matin même. Je sais pas, il y a quelque chose de chaleureux, de rassurant, dans le fait de savoir que c'est elle précisément qui me dit ça, c'est soutenant, de me sentir entourée quand ça se passe.
Oui, donc c'est cool quand même dans ce chemin d'avoir des alliés, soit des gens qui l'ont vécu ou qui ont été proches de quelqu'un qui l'a vécu, ça permet d'avoir un peu d'écho quand tu te sens déstabilisée parce qu'il y a un truc en train de se passer.
Je me souviens de ça, moi aussi, le côté, je sors d'un rendez-vous, c'est très actif tout de suite, et même le lendemain, je ne peux plus en dire grand-chose, ou alors le récit devient un peu technique, on m'a posé telle question, j'ai répondu ça. En fait, je pense que c'est des processus où ça va très vite, la transformation intérieure, par à-coups, mais quelque part, c'est vraiment des questionnements, comme toute approche de thérapie, je crois, c'est psycho-actif, le questionnement, et quand on te questionne pour faire ton anamnèse, pour raconter tout le chemin, le paysage symptomatique, qu'est-ce que tu vis, le fait de le raconter avec ce guide-là, ça te transforme déjà.
Dans ta conscience de toi, dans ce que tu vas être capable d'adapter après, etc., et d'ailleurs, tu le dis très bien dans l'enregistrement qu'on vient de faire, que malgré que t'aies déjà raconté plein de fois ta vie à X thérapeutes parce que t'as fait d'autres travaux thérapeutiques, là, de le faire dans ce cadre avec cette intention, c'est pas pareil. C'est pas un énième récit.
Peut-être qu'il y a des trucs, tu dis un truc un petit peu différemment, ou en tout cas, le fait de te faire poser ces questions dans cette intention, ça produit autre chose chez toi.
Peut-être que c'est les mêmes questions qu'on t'avait déjà posées. C'est psycho-actif dans le sens où ce processus, déjà, il agit. Et puis ça fait comme un déclic, ça ressurgit : en fait, je me revois là où j'étais assise, la lumière, ce qu'il y avait là, et à quel point j'étais nerveuse, les mains qui étaient de plus en plus moites au fur et à mesure de raconter, il y avait juste des patterns déjà présents qui s'intensifiaient et qui étaient encore plus inconfortables pour moi.
Est-ce qu'elle t'a fait des commentaires, la thérapeute, est-ce qu'elle t'a donné un premier, peut-être, écho, ou est-ce qu'elle écoute, à part ?
Oui, il y a eu pas mal d'échos sur des choses qui me semblaient anodines.
J'ai mentionné le fait, par exemple, qu'on a beaucoup déménagé, notamment en France.
Pour moi, je me posais pas de question, en fait, c'est les choix de mes parents, on habitait ici, puis là, on a juste changé, c'est juste un changement, en fait, très classique.
Bon, non, en fait, ce n'est pas anodin, ces étapes-là, en fait, dans la manière d'aller à l'école, de rencontrer le groupe, d'être tournée vers l'extérieur ou plutôt tournée sur la cellule familiale, ça produit pas la même chose.
Elle a mis ça en lumière ?
Oui.
Face à tes réponses.
Oui, parce que pour moi, c'était d'une normalité, d'une banalité.
Oui.
Enfin, je pense que si elle ne m'avait pas posé la question, je ne voyais pas l'intérêt de le raconter.
Alors, je me dis, ah tiens, ah tiens, en fait, c'est vrai que maintenant qu'elle le dit, je n'avais pas vraiment d'amis, je n'étais pas vraiment invitée aux goûters d'anniversaire.
Ah ouais, tiens, c'est marrant, là, je me sentais vraiment à la bourre sur les apprentissages de cette classe-là.
Ah ouais, ok, moi, je savais pas faire ça.
En lecture, notamment, moi, je devinais plus que je ne lisais vraiment, en fait, tu vois, plein de choses comme ça.
Oui.
C'est génial, donc, ça fait des prises de conscience un peu en série, quoi.
Oui, et puis du coup, je m'enfonce, je m'enfonce encore plus dans mon fauteuil.
Et comme si j'avais envie de disparaître, voilà, mais en fait, ça ne s'arrête pas.
Est-ce que, en fait, je me suis raconté une toute autre histoire jusqu'à présent de ma propre construction ? En fait, je me suis vue beaucoup plus solitaire que ce que je me racontais : être quelqu'un de plutôt, bah, jovial, avec un contact plutôt facile.
C'est drôle, quand je dis ça, parce que ça me fait sourire, je me dis, bah, ça alors.
C'est aussi vrai que je peux être comme ça, mais pas que, en fait.
C'est génial, ce que tu racontes là, je trouve que c'est le grand travail identitaire, au sens de découvrir qu'on est beaucoup plus multiples que ce qu'on a toujours bien aimé se raconter comme histoire de soi-même.
Et ça n'empêche pas, ça n'invalide pas, en fait, ce qu'on s'est déjà raconté.
Effectivement, il n'y a pas que cette Sarah qui existe, il y a aussi celle qui est plus à l'intérieur, peut-être plus isolée, qui n'est pas forcément joviale, et qui n'est pas forcément dans le contact social facile, et prendre conscience qu'on est multiples, qu'on a tout ça en nous, je crois que c'est une belle manière de se réconcilier avec soi, et peu importe autisme ou pas, en fait. Là, on touche encore un autre sujet, et c'est ça que je lis dans ce que tu racontes.
C'est en ça que c'était un rendez-vous quand même plutôt avec du croustillant.
Et que je n'avais pas l'impression de faire un énième rendez-vous thérapeutique, quelque chose comme ça.
Oui, c'est comme une thérapeute qui, même si tu racontes ton histoire, te laisse pas complètement te raconter ton histoire.
Oui, oui, d'accord, mais là, attends, tu viens de dire ça entre les deux, vas-y, détaille un peu plus, et hop !
Ce qu'on croyait être un détail ou un truc anodin, en fait, finalement, ça a beaucoup plus de place que ce qu'on a bien voulu lui accorder.
Ça, c'est génial.
Et peut-être le piège qu'il peut y avoir, et qu'il existe, je crois, c'est du coup d'inverser son récit de soi.
Et je pense qu'il ne s'agit pas de dire que le récit d'avant était faux, il y en a plusieurs.
C'est un peu plus nuancé.
Chouette, bon, on a refait cet épisode, finalement, l'air de rien.
Là, je suis beaucoup plus tranquille avec ce que je viens de te raconter là.
Ça ressemble plus à ce que j'ai vécu que ce qu'on a pu enregistrer juste avant.
Et puis, je m'écoute beaucoup moins parler.
J'ai plus mon casque sur les oreilles.
C'est beaucoup plus simple et tranquille, comme une discussion qu'on aurait juste toi et moi, dans un salon.
Il y a moins de décorum, c'est plus accessible pour moi.
Bon, mais ça, c'est une belle avancée, Sarah.
Peut-être qu'on fera nos prochains épisodes sans le casque sur les oreilles.
Finalement.
Bon, toi tu peux l'avoir, mais moi, je ne le mettrai pas.
Chouette.
Merci.
C'est intéressant et généreux.
Merci, Sarah.
Merci Aliocha.