Diagnostic de Sarah #1 : l'hypothèse
Sarah ouvre une série intime autour d'une question encore fragile : et si certains de ses fonctionnements relevaient de l'autisme ? Avant le début du parcours de diagnostic, elle raconte les indices qui l'ont conduite jusque-là : sensibilité au bruit, fatigue qui arrive d'un coup, attention mobilisée par l'environnement, besoin de comprendre ce qui se joue. Un premier épisode pour poser l'hypothèse, sans certitude, avec la curiosité et l'inquiétude du commencement.
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Transcription intégrale de l'épisode, légèrement retravaillée pour la lecture.
Là, j'ai appuyé sur le bouton rouge.
Bonjour.
Alors aujourd'hui, on initie une série d'enregistrements qui sera publiée dans quelques mois.
Donc quand vous écouterez ce podcast, de l'eau aura déjà coulé sur les ponts, sous les ponts.
Et on commence aujourd'hui parce que, moi, je m'appelle Aliocha et je vais interviewer à intervalle régulier mon associée qui s'appelle Sarah et qui est devant moi, là. Sarah, tu viens de prendre une décision importante dans ta vie, je crois.
En tout cas, elle semble avoir été le fruit d'une gestation dont tu vas nous parler et tu viens de prendre la décision d'initier un diagnostic d'autisme, de TSA.
Comment est arrivée cette idée ? Est-ce que tu saurais nous dire d'où est-ce que ça vient ?
Ça vient d'exploration en thérapie pas mal et je pense que c'est ça dernièrement qui m'a le plus décidée à passer à l'action avec un peu des motifs qui se répétaient sur des difficultés, des sensibilités un peu particulières.
Tu saurais nous dire des exemples de difficultés ?
Oui, ce que je remarque chez moi qui est maintenant bien connu, c'est une sensibilité importante au bruit et ça c'est quelque chose auquel je peux être exposée dans mon travail mais dans ma vie quotidienne aussi.
Concrètement, tu aurais des exemples de choses que tu remarques chez toi et qui manifestement sont plus sensibles que dans ton entourage ?
Du bruit de la circulation, les bruits un peu répétitifs dans les espaces de travail, les bruits de mains, de grincements, des claquements de portes, ça me dérange vraiment et ça me surprend toujours même si je connais le bruit.
Et comme il n'y a pas d'accoutumance, même si je sais que ça se produit, ça me surprend toujours.
Donc là ça te surprend par exemple, ça te fait sursauter, c'est ça ?
Oui, je sursaute très facilement.
Donc le corps qui se crispe, et la surprise désagréable.
T'as d'autres exemples de l'effet que ça te fait ces bruits ?
Tu as parlé de la circulation ou des petits bruits, je ne sais pas, j'imagine les stylos, les bruits de papier, les bruits de mains, des grattements.
J'ai l'impression de les entendre très fort et que ça prend vraiment beaucoup de place et que je me concentre moins bien ou que je peux plus suivre par exemple une discussion.
Si en même temps, il y a ces bruits qui surgissent, je pense qu'en plus du bruit c'est le surgissement, imprévisible, de ces bruits qui me dérangent.
J'ai besoin de comprendre tout de suite d'où ça vient, qu'est-ce que c'est ?
Et pendant ce temps-là, ton attention est donc mobilisée pour identifier la source, comprendre et revenir peut-être à la discussion, c'est ça ?
Oui.
Et donc, tu as mentionné de la sensibilité aux bruits, est-ce qu'il y a d'autres exemples de choses que tu as remarquées qui ont fait partie de ce chemin pour prendre une décision de faire un diagnostic ?
Oui.
Quelque chose qui est plus caractérisé dans mon activité professionnelle où je me déplace, je prends les transports, je prends mon véhicule, et je vois que quand j'ai de la fatigue, je le sens au moment où il y a beaucoup de fatigue et il y a deux choses un peu différentes là-dedans, c'est mélangé.
Donc je vois que les déplacements, le fait de prendre le train, préparer pour une intervention, faire mon animation, de formation, de coaching, quelle qu'elle soit, de reprendre un train, de rentrer, c'est comme si j'avais été non-stop, très éveillée, très engagée dans ce que je suis en train de faire, et très fatiguée quand je rentre chez moi, c'est un peu ça le signal.
Je n'arrive pas trop à sentir si j'ai besoin de plus de stimulation ou de repos, si j'ai envie d'être seule ou au contraire de me sentir entourée, avec du lien social, de la discussion.
Voilà, je ne sais pas si c'est très typique ça, mais c'est quelque chose que je vis régulièrement, et quand il y en a beaucoup, de ces déplacements-là, je vois que j'ai beaucoup d'attention sur le fait de me rendre ailleurs, de m'imaginer dans ce moment.
Avec ce phénomène de fatigue qui arrive d'un coup, c'est un peu ça que tu décris ?
Oui, c'est ça, c'est du coup l'autre partie sur la fatigue où j'ai l'impression de me sentir fatiguée quand je suis déjà très très fatiguée.
Comme si tu n'avais pas vu venir la fatigue ?
Oui, c'est ça.
Je me surprends moi-même à me dire que ça fait x fois que je lis ce texte, ce mail, ce message, et il faut que je le lise plusieurs fois pour le comprendre, alors qu'il n'y a pas de complexité apparente.
Moi-même quand je rédige un message, je m'y reprends à plusieurs reprises parce qu'il manque des mots, des lettres, ou que je lis très vite un message en comprenant tout de travers.
Je vois que je prends beaucoup plus de temps pour comprendre les messages.
Et les émettre.
Ok, t'as d'autres exemples de signaux comme ça qui ont été des alertes pour toi ou qui se sont accumulés et peut-être que tu as du mal à expliquer ?
Je crois que pour le moment c'est tout ce que je liste de manière très caractérisée, mais toi qui me connais bien, peut-être que...
Qu'est-ce qui fait qu'à un moment tu t'es dit peut-être que c'est lié à ça ?
Je crois que tu nous racontes à quel moment cette idée a germé vraiment comme un peut-être, pas encore une conviction, mais juste une hypothèse.
C'est compliqué de répondre à la question.
Laisse des silences, c'est coupé automatiquement.
Tu peux me reposer la question, ça va m'aider.
Est-ce que tu te souviens du moment où tu t'es dit, tiens il y a quand même un faisceau de signaux, peut-être qu'il faudrait que je regarde du côté du TSA ?
À quel moment c'est venu comme une hypothèse dans ta tête ?
Pas encore la décision est prise, ça y est, je prends rendez-vous et je commence un diagnostic, mais juste la graine est semée.
Je pense que cette graine est arrivée une fois que j'ai écarté l'aspect de la dyslexie.
Je crois que c'était ça ma porte d'entrée, où initialement j'ai repéré des habitudes, des difficultés chez moi avec la lecture, la lecture à voix haute, mais des temps de lecture que je trouve très longs pour des petits textes ou des choses sans complexité.
Et assez spontanément, je me suis dit oui, ça ressemble vachement à de la dyslexie, ça ne me surprend pas dans mon parcours scolaire, ce ne serait pas surprenant que je me situe dans ce trouble dys-là.
Et du coup j'ai commencé à lire un peu et j'ai fait un bilan orthophoniste qui m'a dit mais non, pas de problème à cet endroit-là, vous avez une bonne cognition, donc peut-être que vous avez rencontré des difficultés dans les apprentissages, mais ça n'a pas besoin de suivi.
La personne que j'ai vue ne m'a pas dit : ça n'est pas de la dyslexie. Et je crois que, sachant que j'ai fait ce bilan à l'âge adulte, je devais avoir 33 ans, elle n'était pas du tout inquiète pour mon avenir professionnel, vu ce que je lui ai relaté.
Le signe qui m'avait vraiment poussée à faire ce bilan-là, c'était une fatigue, une fatigabilité dans le travail que je pourrais qualifier un peu de bureau classiquement, de lecture, d'écriture, qui était consommateur.
Tu dis quelque chose-là qui me paraît vraiment intéressant à dire pour nos auditeurs de ce podcast, c'est que ce soit pour la dyslexie, le TSA ou autre chose, les diagnostics qui vont qualifier certaines formes neuroatypiques permettent parfois d'identifier et de mettre une étiquette sur quelque chose qui est caractérisé, etc.
mais ne permettent pas forcément d'écarter.
C'est-à-dire que c'est intéressant ce que tu dis.
On ne t'a pas vraiment dit non, ça n'est pas de la dyslexie, mais que ça en soit ou pas, en tous les cas, là, c'était pas à cet endroit que se joue peut-être la problématique pour toi.
Du coup, pour décortiquer même cet exemple, c'est intéressant.
Qu'est-ce qui fait qu'à ce moment-là, tu as eu l'idée d'explorer la dyslexie ?
Est-ce que quelqu'un t'en a parlé ?
Est-ce qu'on te l'a suggéré ?
Comment est venue cette idée-là ?
Je pense que c'est un peu une idée commune dans l'environnement scolaire, universitaire.
Je pense plus scolaire, les petits âges, l'apprentissage de la lecture, de l'écriture.
Et à ce moment-là, j'ai souvenir que c'était assez commun d'avoir des compagnons d'école dyslexiques, diagnostiqués ou pas, certains avaient été orientés.
Une sorte d'idée un peu préconçue, si t'as du mal à lire, c'est que t'es dyslexique.
Ouais, t'es pas très bon en grammaire, en orthographe.
Allez, hop.
Allez, t'as une dyslexie.
Moi, ça m'a jamais freinée.
En tout cas, on n'a jamais pris la peine de faire ce chemin-là de diagnostic pour moi.
Je pense que c'était pas assez marqué pour mériter cette attention.
Donc ça, ça te met sur la piste, tu fais un bilan, a priori, il n'y a rien de majeur qui se joue pour toi du côté d'un trouble dys.
Oui, c'est ça.
Donc, cette piste étant écartée, qu'est-ce qui se passe ensuite ?
Je continue d'être accompagnée en thérapie à différentes occasions, avec des rythmes qui changent en fonction des difficultés ou des choses qui étaient des sujets de travail pour moi.
Et la piste de l'autisme, je pense que c'est au moment où, dans notre environnement de travail, on en parle et que toi, tu es diagnostiqué, que tu nous partages à l'issue de ce diagnostic, des préférences, des besoins et même des demandes relationnelles, ou que tu nous décryptes un petit peu, tu nous mets en mots comment fonctionnent des associations, des modes de raisonnement que tu peux avoir et que tu relies très directement à l'autisme.
Ce qui m'apparaît là, c'est que ça ne me choque pas.
Enfin, je me dis que c'est...
Ok, peut-être que c'est sur une échelle un peu plus haute que le commun des mortels en termes d'attente, mais ça me semble tout à fait accessible et pas insurmontable, que ce soit si je reprends cet exemple du bruit, par exemple.
Je me dis que c'est super si tu fais des demandes à cet endroit-là, mais moi, ça me convient parfaitement.
Voilà, ça c'était, je pense, un moment qui sème des petites graines sur : ok, c'est ça, l'autisme, que je connaissais pas à cette époque, que j'ai découvert en cheminant à tes côtés dans ta propre découverte et en remarquant que les demandes, les choses que tu nous partageais ne me semblaient pas si incongrues, bizarres, et pour beaucoup accessibles et même qui m'allaient très bien en termes d'ajustement de vie d'équipe, de manière de travailler ou de faire des demandes, de communiquer.
Je comprends que, à la fois, quelque part, ça t'arrangeait bien que ces demandes soient faites parce que, finalement, tu te retrouvais au moins en partie dans les besoins que je pouvais exprimer.
Et ce que j'entends, c'est peut-être aussi un effet de comparaison où, à des demandes que j'ai pu faire, d'autres ont manifesté, même si ça a été bien accueilli, peut-être une sorte de perception de bizarrerie, mais toi, tu n'aurais pas cette perception que c'était bizarre, c'est ça ?
Oui, tout à fait. Je repense à un exemple assez marquant sur les temps informels et les discussions autour d'un repas ou ce genre de choses.
Pour moi, c'est compliqué quand les discussions fusent et que je n'arrive pas à m'insérer mais j'ai vraiment cette impression d'être sur le quai du métro et qu'il n'y a que des métros bondés qui passent devant moi. Et j'attends que les portes s'ouvrent, qu'il y ait une petite place, mais en fait, il faut tellement jouer des coudes que ce n'est pas la peine.
Je laisse passer le suivant en me disant que mon tour viendra mais pendant ce temps-là, j'écoute tout ce qui se passe et je cherche vraiment à voir comment je m'insère, comment je peux contribuer dans cet espace parce que, dans le fond, je suis entourée et c'est un bon moment.
Mais c'est cet aspect-là des discussions un peu à bâtons rompus, auxquelles c'est difficile de s'inclure.
Ça m'a toujours dérangée.
Quand on amène des méthodes comme le bâton de parole ou en tout cas de la vigilance sur le fait de parler les uns après les autres, de signifier quand on a terminé, etc.
C'est aidant pour prendre le métro.
Oui.
J'ai envie de poser une question peut-être un peu...
qui va peut-être sembler caricaturale.
Est-ce que cette démarche que tu fais là maintenant c'est une démarche de confort ou est-ce que ça t'apparaît comme une nécessité ?
Peut-être un peu des deux.
J'ai du mal à avoir une réponse très franche.
Ça me semble être une nécessité parce que j'ai envie de savoir.
Est-ce que c'est ça ?
Est-ce qu'en fait je me positionne à un endroit dans ce spectre et si j'ai des clés je pourrais sûrement trouver des ajustements dans mon quotidien et mieux me comprendre, ce qui serait une super piste pour moi.
C'est vraiment ça que je viens chercher en me lançant dans cette démarche de diag.
Et je peux pas m'empêcher de penser que peut-être c'est un peu du confort aussi parce que dans mon quotidien je me sens pas à côté. Or j'ai pu lire des témoignages de personnes qui sont autistes et qui témoignent de s'être toujours senties différentes, de regarder le monde d'un peu à côté, de pas se sentir très incluses.
Moi c'est pas ce que je vis et du coup en comparaison je me dis que c'est peut-être pas tant une nécessité pour moi que ça peut l'être pour d'autres.
Tu te sens pas à côté ?
Oui, il y a peut-être une question d'intensité. Et alors, si tu te dis que cette explication peut-être te permettrait de trouver des adaptations, est-ce que dans l'absolu, finalement, tu as besoin d'un diagnostic de quelque chose pour pouvoir réaliser cette adaptation ? C'est-à-dire, est-ce que tu connais déjà les adaptations dont t'as besoin ou est-ce qu'il s'agit de les comprendre parce qu'aujourd'hui tu ne les saisis pas ?
Oui, je crois que j'aurais besoin de mieux comprendre pour mieux saisir et surtout avoir de la régularité là-dedans, parce que j'ai l'impression que les occasions où je me sens un peu plus fatiguée, c'est pas forcément des signaux auxquels je vais porter beaucoup d'attention et je vais continuer à faire ce qui me semble bien, juste, adapté, ou que les autres attendent de moi.
Donc quelque part j'aimerais bien savoir s'il y a des ajustements comme de nouvelles habitudes ou pas.
Je pense que je ne me donnerais pas du tout la même autorisation par exemple à rester ou partir d'un moment qui serait inconfortable par exemple.
Je pense que tu touches un point absolument névralgique des démarches de diagnostic : c'est la légitimation, effectivement, qu'on peut aller chercher là-dedans pour faire une demande. Donc quelque part tu peux sentir que tu en as besoin, mais la question c'est : est-ce que je m'autorise à faire cette demande ou à avoir ce comportement pour prioriser mes besoins et par exemple m'extraire d'une réunion qui est complètement dysfonctionnelle ou d'un moment qui ne me va pas. Et dans cette démarche de diagnostic, donc là on est, on est mi-avril à l'heure où on se parle, concrètement ça a lieu quand, ce diagnostic ? Tu l'as prévu quand ?
Je l'ai prévu au mois de juin sur des dates très ramassées parce que j'avais envie de savoir, et rapidement. Je crois que j'avais vraiment envie que cette expérience-là soit brève et amène rapidement un élément tangible, et de pouvoir être en mouvement assez rapidement derrière. Donc je donne en sous-titre, peut-être, pour ceux qui nous écoutent, que là c'est une démarche de diagnostic en libéral et tu as donc effectivement la latitude de choisir quand, à quel rythme. Et est-ce qu'il y a des peurs associées à ça ?
Est-ce que tu crains quelque chose ?
Bien sûr, bien sûr. Je me demande si j'ai bien fait, puisque j'ai eu juste un rapide échange de mails avec un thérapeute que je consulte, sans chercher à valider quelque hypothèse que ce soit me concernant. Donc j'ai un petit mouvement de recul qui me dit : est-ce que j'ai bien fait ? Ce qui vient en face de ça, c'est quand même un engagement financier sur ce diagnostic et je me dis : bon, est-ce que je suis sûre de mon coup en me lançant dans une telle démarche ? C'est ça le risque ? C'est d'avoir perdu un peu d'argent ?
Alors ça c'est une première inquiétude mais il y en a d'autres, par exemple : et si j'étais complètement à côté de la plaque en fait, et si en fait c'était pas l'autisme ? Je crois que là-dedans il y a un peu une peur comme de mauvaise élève ou je sais pas quoi. Dire : est-ce que, Sarah, ça t'aurait pas arrangée que ce soit l'autisme plutôt que de retourner bosser un peu en thérapie sur ceci et cela ? À quel point est-ce que ça aurait été ça ? Parce que du coup, c'est comme si, en l'absence d'un diagnostic, il n'y aurait pas de bonnes raisons pour expliquer les difficultés que tu rencontres et donc qu'il n'y a qu'à décider de faire autrement, un peu, c'est ça ? C'est ta responsabilité, quand on veut on peut, voilà. Et c'est quoi la peur qui est liée à ça ?
Imaginons, imaginons qu'à la fin de ce diagnostic on te dise : alors là vraiment madame, pas du tout, vous êtes totalement hors du spectre, vous n'êtes pas concernée par ce sujet-là. Qu'est-ce qui se passerait ?
J'imagine un sentiment mêlé, de peut-être un soulagement, avec du : ok, ok, c'est pas ça, qui serait la partie un peu, plutôt joyeuse, de se dire ouf ?
C'est peut-être plus simple que prévu, peut-être ? Ou c'est plus compliqué que prévu, on va voir. Peut-être un soulagement et en même temps quelque chose d'un peu plus construit de...
Bah, c'est quoi ?
Oui, parce que cette explication, elle était quand même assez cohérente avec tous tes signaux. Oui, ça pourrait correspondre à une certaine logique de ces petits indices que j'ai là, mais si c'est pas ça, qu'est-ce qu'il faut chercher d'autre ?
J'ai vraiment entendu très souvent cette crainte parmi les gens qui ont fait cette démarche et même rétrospectivement, moi-même, je peux me souvenir que effectivement je me suis dit : waouh, et si le résultat est négatif, alors du coup quoi ? Comment expliquer tout ça ?
Et je pense que ça rejoint cette question de la légitimation, c'est-à-dire : est-ce que je suis légitime pour ressentir ce que je ressens ?
Est-ce que je suis légitime pour porter des ajustements dans mon entourage même si j'ai pas une étiquette à mettre sur mon besoin ? Quelque part, peut-être que c'est un peu ce qu'on va chercher quand on va chercher un diagnostic : une légitimation. Il y a évidemment la partie compréhension, diagnostic un peu précis, et en même temps à quelle intensité dans ce diagnostic parce que c'est un spectre, et en même temps cette possibilité de se dire et d'apprendre à recevoir de l'aide, demander de l'aide et prendre des décisions à son service. Et si inversement tu imagines un scénario : oui, tu es bien dans le spectre du TSA, qu'est-ce que tu imagines que ça peut déclencher chez toi ?
Peut-être qu'il y aurait une réaction avec la sidération, ok, mais de tomber peut-être de pas si haut, je sais pas, c'est complètement prédictif : là, on se parle, on est avant. Et je peux imaginer le même soulagement que je t'ai décrit si la réponse n'était pas ça : si c'est ça, en fait il y a une explication, enfin, j'ai une explication. Tu en parles autour de toi, de cette démarche ?
À personne. Il y a deux de mes associés qui sont au courant. Donc ce podcast pour l'instant est ultra confidentiel, c'est un dossier top secret. Pourquoi tu n'en parles pas ?
Je crois qu'il y a de la honte. J'aurais très peur de parler de ça et notamment si le diagnostic est négatif et qu'il dit que ce n'est pas du TSA, je serais vraiment morte de honte. Ce serait quoi le récit interne de cette honte ? Qu'est-ce que tu te raconterais sur toi-même ?
Ça : tu t'es crue spéciale, pas comme tout le monde, démarquée, avec quelque chose que les autres ne peuvent pas comprendre, mais en fait non, tu es juste comme tout le monde, tu galères dans ta vie comme tout le monde, tu as des problèmes compliqués avec : vivre en paix avec qui je suis aujourd'hui, dans mon corps, ma situation. Et je crois que c'est en me projetant là-dedans de la honte : qu'est-ce que les autres penseraient si je m'étais mouillée à dévoiler ça ? Et que je n'ai pas du tout envie de m'exposer à des réactions de « non mais ça va », je n'ai pas du tout envie d'être rassurée, ou bon, c'est comme si je n'accordais pas le crédit à des amis, des proches, pour m'exposer à leurs réactions. Et je crois que c'est pour ça que le diagnostic intervient : un endroit scientifique, sourcé, documenté, qui viendra dire en tout cas si c'est un TSA ou pas. Moi je mesure du coup que ça demande probablement du courage de venir faire ce témoignage enregistré derrière un micro
avec un gros casque sur les oreilles. Oui, et puis les questions que tu me poses, je pense que jusqu'à présent je les ai eues un peu toute seule : pourquoi je le fais, qu'est-ce qui me pousse à engager une telle démarche. Donc d'un côté c'est très aidant de mettre en voix ces ruminations et d'un autre c'est très intimidant parce que ce sujet, jusqu'à présent, même à des très proches, je n'en ai pas parlé. Donc c'est impressionnant. Et alors là, maintenant, on est le 15 avril : d'imaginer que peut-être dans 3-4 mois, quand la série de podcast est prête et que la démarche est finie, sans présager du résultat, d'imaginer que ce sera écouté peut-être, qu'est-ce que ça te fait ? Je crois que je ne me rends vraiment pas compte et que là pour le moment j'ai l'impression que c'est un moment de discussion qu'on a, confortablement assis dans des fauteuils, et on discute comme d'habitude. T'as l'intention de te préparer d'une certaine manière ? Dans quel état d'esprit tu es
dans cette attente qui s'ouvre, là, où il y a 2 mois devant toi, presque, pas tout à fait mais quasiment 2 mois, avant que le diagnostic commence ? Comment cette période s'ouvre ? Est-ce que t'as des lectures, est-ce que tu vas écouter plein de podcasts de témoignage, ou alors est-ce que au contraire t'es plutôt dans un truc qui attend et qui n'y pense pas trop ? Je serais intéressé que tu nous racontes. Clairement, je lis pas ou très peu. J'ai une crainte envers moi-même qui serait de me dire : puisque je suspecte, eh bien du coup j'aurais très peur que par mimétisme je brouille mon propre test en me renseignant dès à présent et en adoptant des choses ou en racontant mon histoire d'une certaine manière qui mettra en avant certains traits, certaines pratiques plus que d'autres, et d'orienter les résultats parce que je veux voir advenir quelque chose. Donc non, je crois que je me tiens un peu à distance de lecture, de contenu audio. Et ça, ça me fait vraiment penser
à une sorte de conscience inconsciente des capacités de suradaptation qu'on peut avoir, et du coup probablement que tu connais ton propre talent, c'est intéressant. Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui ont eu cette méfiance, moi-même je me souviens que c'était le cas. Donc plutôt quelque chose qui met le sujet en suspens en attendant la démarche ? Oui, en tout cas sur vraiment de la documentation sur l'autisme ou de la neurodiversité. Puisque du coup, depuis, je me suis un peu renseignée sur la dyslexie, les troubles de l'autisme de manière un peu générale, mais par contre je sens qu'il y a un peu en toile de fond des questions sur potentiellement qu'est-ce que je vais raconter de mon enfance ou mon éducation, un peu comme si je commençais un nouveau travail thérapeutique avec un nouvel accompagnant et que j'allais faire ça d'une manière évidemment différente de ce que j'avais fait dans le passé, puisque au moment où on se parlera je serai une personne différente
de qui j'ai pu être avant. T'as une idée de comment ça va se dérouler, ou pas du tout ? Non, j'ai pas beaucoup d'idées. J'imagine que je vais raconter des choses, on va me poser des questions. J'imagine que la partie des 0-10 ans et puis la suivante, jeune adulte, doit compter particulièrement, mais j'en sais pas plus que ça. Enfin, ça c'est ce que j'imagine.
Donc tu t'es pas renseignée et tu n'as pas forcément l'intention de te renseigner, je comprends ça. Ok, il y a autre chose que tu aimerais partager, là, quelques semaines avant le début de cette démarche, et pour clore ce premier épisode de podcast ?
Eh ben je crois que je suis contente qu'il soit enregistré comme une trace de cette première discussion, encore vierge de toute révélation et résultat. Donc là, je me sens assez amusée. Il y a une petite pointe d'inquiétude quand même qui n'est pas loin.
Je pense que ça s'entend dans mes réponses qui peuvent être un peu hésitantes ou courtes.
Donc je sens que j'ai envie que ce soit peut-être déjà le mois de juin que ça commence.
Et je crois que ce diagnostic, il vient dans un moment où je me sens assez tranquille.
Je ne me sens ni triste ni connectée à des incapacités ou des choses sur lesquelles je bute.
Je crois que je suis plutôt mue par l'envie de savoir et je suis plutôt intimidée et joyeuse en même temps.
Ça a l'air d'être dans un chemin de connaissance de toi, d'individuation, que ça s'inscrit.
Oui vraiment.
Merci Sarah, merci d'avoir pris ton courage à deux mains et d'être venue raconter tout ça, enregistré.
Malgré que ce n'était pas une démarche publique, en tout cas pas très connue dans ton entourage jusqu'ici, je pense qu'on va se reparler dans les prochaines semaines avant, pendant, après les différentes séances et puis tout ça sera publié quelque part.
Voilà, un audio-reportage de ce moment diagnostique.
A bientôt.