Comprendre

GABA et glutamate : l'équilibre excitation-inhibition

On lit parfois que l'autisme serait une affaire de chimie déséquilibrée, un cerveau avec trop d'excitation et pas assez de frein. La formule est commode. Elle s'appuie sur une idée sérieuse de neurosciences, mais elle en dit plus que ce qu'on sait.

Un accélérateur et un frein

Le cerveau tient sur une tension permanente entre deux forces. D'un côté le glutamate, le principal messager qui excite les neurones et les pousse à s'activer, l'accélérateur. De l'autre le GABA, le principal messager qui les freine et calme leur activité, l'inhibiteur. Le bon fonctionnement ne vient pas de l'un ou de l'autre, mais de leur réglage, ce que les chercheurs appellent l'équilibre excitation-inhibition. Trop de frein, l'activité s'éteint ; trop peu, elle s'emballe.

Une hypothèse séduisante

En 2003, deux chercheurs ont proposé que l'autisme s'explique en partie par un déséquilibre de ce réglage, penché vers l'excitation, dans les réseaux du langage, des interactions sociales et de la perception. L'idée a connu un grand succès, et on comprend pourquoi. Elle offrait une explication commune à des observations éparses. Une inhibition insuffisante laisserait passer trop de signaux sensoriels, ce qui s'accorde avec l'hypersensibilité au bruit ou à la lumière. Une excitabilité excessive rendrait aussi le cerveau plus sujet aux crises d'épilepsie, justement plus fréquentes dans l'autisme.

Ce que les mesures montrent, et ne montrent pas

Reste à vérifier. Une IRM particulière, la spectroscopie, mesure la quantité de GABA et de glutamate dans des régions du cerveau vivant. Les études qui l'ont employée trouvent bien des différences chez les personnes autistes, avec un GABA plutôt plus bas dans certaines régions et un glutamate modifié. Mais les résultats se dispersent. Selon la région examinée, l'âge des participants ou la méthode, l'écart change de taille, et parfois s'efface. Une synthèse récente conclut à des différences petites et très hétérogènes, loin d'un déséquilibre franc et uniforme.

L'épilepsie donne un indice plus solide, quoique indirect. Elle est nettement plus fréquente dans l'autisme, autour de 9 % des personnes sans déficience intellectuelle et près de 1/4 de celles qui en ont une. Une tendance des neurones à s'activer trop facilement va dans le sens de l'hypothèse. Mais une crise d'épilepsie et une hypersensibilité au bruit restent deux phénomènes très différents, et l'un ne prouve pas l'autre.

Une piste sérieuse, pas une conclusion

Que faut-il en retenir ? Que l'équilibre entre excitation et inhibition est l'une des pistes les plus étudiées pour comprendre l'autisme, et qu'elle reste une hypothèse. Les chercheurs eux-mêmes la révisent, la jugent utile et insuffisante à elle seule. Dire que l'autisme serait un cerveau « en surexcitation » simplifie à l'excès une image encore floue, qui change d'une région à l'autre et d'un âge à l'autre. La question mérite mieux que ce raccourci, et l'état actuel des travaux invite surtout à la patience.